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Entrevue avec Andrée Gendron, auteure des Contes de Tartigou

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par Valérie Blanchet

L’auteure ulricoise Andrée Gendron a publié en décembre dernier un recueil de six contes qui se déroulent dans le petit hameau de Tartigou au début de la colonisation de la région et qui mettent en scène des personnages qui par leur courage, leur débrouillardise, leurs dons, leur entraide réussissent à surmonter les épreuves de la vie à l’époque des premiers colons et parfois aussi à accomplir des choses extraordinaires. Elle a accepté de répondre à quelques questions pour le journal afin de présenter son nouveau livre.

 

Après vous être intéressée à l’histoire de Saint-Ulric et avoir publié un livre à ce sujet, Saint-Ulric 1869-2019 – 150 ans d’histoire à partager, qu’est-ce qui vous a poussé à explorer l’univers du conte ? Qu’est-ce que le conte vous permet de dire que le livre d’histoire ne permettait pas ?

C’est une bonne question, c’est un peu la genèse de ces contes. Quand on écrit l’histoire, on s’en tient aux faits, on présente les personnages qui ont marqué l’histoire, mais ça ne rend pas hommage aux personnes qui vivaient dans cette trame historique. Pendant que j’écrivais l’histoire de Saint-Ulric, je voyais les personnages qui rendaient celle-ci vivante. Le conte permet de rentrer dans l’âme des gens, de raconter ce qu’ils ont vraiment vécu. Avec le conte, je pouvais donner un peu de fantaisie, un peu de moi-même ; il faut dire que je viens de Tartigou, que toute ma famille y a vécu pendant des années, depuis mes arrière-grands-parents qui y sont arrivés les premiers. J’avais besoin de parler d’eux.

Est-ce que l’on pourrait dire que les personnages de vos contes empruntent les traits de gens que vous avez connus ou dont vous avez entendu parler ?

Le personnage de la poétesse dans un de mes contes existe vraiment, elle parle avec une corneille et une araignée. Je l’ai ramenée cent ans plus tôt dans cette histoire où je parle aussi d’un de mes oncles lorsqu’il était jeune. J’ai fait attention de conserver la trame historique, je parle de la tuberculose, de la grippe espagnole, des deux guerres mondiales parce que ça permet de parler de la vie à cette époque, comment les gens traversaient les fléaux, comment ils vivaient les malheurs, mais aussi les bonheurs. À l’époque des pionniers, les femmes accouchaient et il n’y avait pas de maisons autour, elles étaient isolées, mais il fallait survivre, vivre aussi, assurer un quotidien. La vie était souvent heureuse quand même. La famille avait un sens profond, le besoin de se rapprocher de son groupe, de son clan, ça créait une communauté qui permettait de traverser les épreuves et de grandir. Les gens n’avaient pas la même notion de la maladie que maintenant, ils savaient mieux côtoyer la mort. Les familles étaient nombreuses, beaucoup d’enfants mouraient en bas âge. La vie reprenait, ils avaient d’autres enfants et le soutien de leurs proches.

Avez-vous un lecteur idéal ? Pour qui avez-vous écrit ces contes ?

J’avais ces personnages qui vivaient déjà dans ma tête, je les ai mis sur papier pour ce qu’ils étaient. J’ai d’abord présenté ce livre à ma famille pour voir l’intérêt qu’il susciterait. Puis je l’ai fait lire à d’autres personnes de mon entourage, jusqu’à me dire : oui, il y a un intérêt pour ces contes à l’extérieur de ma famille et même de Saint-Ulric. Mon projet était de publier un recueil de contes afin d’apporter un soutien financier à Lire la mer, l’organisme qui s’occupe du phare de Matane, d’ailleurs tous les profits de la vente des livres sont versés à cette organisation. J’aime la mer, ça fait vraiment partie de mes passions.

À l’échelle locale est-ce qu’il y a un désir de laisser un certain héritage aux plus jeunes générations de notre communauté avec ces histoires ?

J’ai quand même un objectif de faire connaître mon coin de pays. J’ai dédicacé le livre à la mémoire de mes parents. Mes ancêtres, leurs voisins, ce sont des gens qui ont eu une vie intéressante, mais cachée. Les gens savent qu’il y a une rivière à Tartigou, mais ils ne savent pas que c’était presque un village, il y avait les boutiques de forge, le bureau de poste, une école. Tartigou était un petit territoire où vivaient plusieurs familles qui se côtoyaient et s’entraidaient, il faut s’imaginer que les routes n’étaient pas ouvertes en hiver, les gens circulaient à pied ou à cheval. Tartigou n’existe plus parce que les gens n’ont plus besoin de services de proximité comme à l’époque.

Olivier Garot que l’on connaît bien à Saint-Ulric pour ses talents de conteur signe la préface de votre livre. Son travail a-t-il eu une influence sur vous ? Est-ce qu’il a été un conseiller ?

Non. J’ai beaucoup d’admiration pour Olivier, parce qu’il a tous les talents. C’est un conteur naturel, mais il a son style à lui, j’ai un autre type d’imaginaire, plus lié au territoire. Olivier est inspirant dans le sens où il fait connaître le conte. Ça apporte à la région une force que nous n’avions pas avant. Olivier est quelqu’un qui s’est très bien intégré, qui a beaucoup de talent et qui est capable de faire rayonner son médium, il chante, il a une belle voix, il dit des contes, il les compose, c’est un auteur. S’associer avec quelqu’un comme lui, c’est aussi l’emporter avec moi dans ce territoire-là, dans mon Tartigou.

Une autre artiste de Saint-Ulric a contribué à votre livre, Julie Galibois qui a dessiné les illustrations. Qui a eu l’idée de cette collaboration ?

Photo : La poétesse – corneille, araignée et coyote, une illustration de Julie Galibois tirée des Contes de Tartigou, d’Andrée Gendron

C’est moi. Julie n’aurait pas fait ça de manière spontanée, mais elle a accepté. C’est un talent qu’elle a et le fait d’être capable de présenter ses dessins, ça enrichissait mon livre, mais ça lui permet aussi de présenter une facette d’elle qui est moins connue. Je voyais toujours Julie dessiner dans son petit cahier, mais personne à Saint-Ulric ne savait cela. C’est une fille qui a une formation en histoire de l’art, c’est un potentiel important à Saint-Ulric.

 

Le fait de m’associer moi, une personne de souche, avec Julie, qui vient de Matane, mais qui vit à Saint-Ulric depuis une vingtaine d’années et Olivier, qui est ici depuis moins de 10 ans et qui est Français d’origine, on montre que l’on est capable de créer une identité pour les générations à venir. Il faut lever les différences. C’est ce que permet la culture, faire un groupe avec ceux qui arrivent et s’accrochent à ce que l’on essaie de créer comme événement et produit culturel. Pour moi, c’est quelque chose d’important d’unifier ces forces. Je fais à nouveau partie du comité culturel de Saint-Ulric et je voudrais que l’on se serve de ce foisonnement de talents qu’il y a ici.

Le recueil de contes est disponible dans plusieurs points de vente, de Mont-Louis à Rimouski, dont au Marché Dubé ainsi qu’à la Chouette Librairie de Matane. Les gens qui habitent à l’extérieur peuvent se procurer un exemplaire en contactant Louis Blanchette aux éditions Histo-Graff de Sainte-Félicité : blanchettelouis@globetrotter.net

 

 

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