Chronique incendieSeptembre 2016

Le service incendie de Saint-Ulric vous informe

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par Gaétan Bergeron, directeur incendie

 

Caserne incendie 17

Bonjour à tous!

Le Paget ne sonnera plus. Ni à minuit, ni à midi, ni à Noël, ni à Pâques, ni en plein souper de famille ni en plein après-midi d’été. Ceci est ma dernière chronique en tant que directeur incendie. Depuis le premier septembre, je ne fais plus partie du service incendie. J’ai décidé de me retirer après de très longues réflexions. Presque 20 ans dans le service, j’ai comme assez donné. Le manque de matériel, le manque d’appui de nos employeurs et surtout le manque de confiance ont pesé lourd dans la balance. Pour toutes ces raisons, il était mieux pour moi de me retirer. Peut-être pour eux aussi.

Aujourd’hui, pour ma dernière chronique, je vais prendre un peu de temps et essayer de vous expliquer en quoi consiste le métier de pompier volontaire. Depuis que je suis pompier, j’entends souvent dire «Ah! les maudits pompiers, ça coute cher pour rien! Y’ont fait ci, y’ont fait ça. Y sont toujours à demander». Encore de nos jours, c’est la même rengaine.

À tous ceux qui règlent les problèmes des autres assis dans leur salon, si vous avez assez de temps à perdre pour critiquer les autres, prenez donc ce temps-là et allez suivre la formation de Pompier 1 (environ 320 heures au total) par les soirs ainsi que plusieurs fins de semaine malgré la contrainte de la vie familiale, les besoins du conjoint ou de la conjointe, la job de tous les jours, la fatigue qui s’accumule. Après vous vous greffez un Paget sur vous 365 jours par année. Vous êtes de garde 365 jours et vous êtes rémunéré à la sortie. Vous ne savez jamais quand il va sonner. Et quand il sonne, c’est la panique. C’est une fausse alarme? Un accident avec morts ou blessés? Je connais la personne? Peut-être un feu de bâtiment avec une personne impliquée? Y a-t-il du danger pour moi ou pour mes compagnons de travail? Il fait -25°C aujourd’hui, les APRIA vont geler et nous aussi. Une tempête se lève, j’espère que le Paget ne sonnera pas. Beaucoup de réflexions en peu de temps quand le Paget sonne. Et il sonne au moment où on s’y attend le moins. En plein réveillon de Noël, en plein blizzard, en plein dimanche après-midi quand on part avec la famille pour une activité déjà prévue. Et je ne vous parle même pas de la frustration de ne pas pouvoir changer le cours des choses. La perte de toute une vie en souvenir partie en fumée. La peur d’arriver trop tard sur les lieux, la peur de l’inconnu, la peur de perdre un compagnon dans un bâtiment en flammes. La peur de ne pas pouvoir entrer dans la maison en flammes et de laisser quelqu’un derrière ces murs. Ce quelqu’un est peut-être votre enfant, votre sœur ou frère, votre conjoint…

Donc, à tous ceux qui critiquent les pompiers, la journée qu’on va parler le même langage, cette journée-là, vous pourrez dire «Ah! les maudits pompiers» et je ne parlerai point. En attendant, si dans votre entourage vous connaissez des personnes qui font ce métier, dites leur donc merci pour toutes les heures passées en formation, toutes les heures à avoir le Paget sur eux, pour toutes les fois où ils n’ont pas fait telle ou telle affaire juste au cas où que le Paget sonnerait. Merci de veiller sur votre sécurité et celle de vos enfants, merci d’être pompiers à temps plein et être reconnus juste comme pompiers à temps partiel. Merci.

Il ne faudrait pas oublier qu’en ce début septembre, c’est le retour des écoliers sur nos routes et des gros autobus jaunes qui arrêtent à presque toutes les maisons. Donc, soyez plus vigilants lors de vos déplacements. C’est la relève de demain.

Sur ce, toute l’équipe de la caserne 17 vous souhaite un bel automne.

Et en mon nom personnel, malgré toutes les peurs et les frustrations vécues et racontées ci-haut lors de ma carrière de pompier pour la Municipalité de Saint-Ulric, je souhaite remercier tous les compagnons de travail que j’ai côtoyés au cours des ces années et ce, avec les trois services incendie (Saint-Ulric, Matane et celui de La Matanie). Malgré tout, c’est un très beau métier. Au plaisir de se revoir.

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1 Commentaire

  1. Dommage mais c’est comme ça à bien des endroits au Québec

  2. Après avoir moi-même donné plusieurs années aux services des citoyens je comprend très très bien ta décision et te souhaite d’en profiter quand nous sommes encré comme premier répondant nous avons tendance à oublier les gens proches autour de nous. Je garde de bons souvenirs de ses années de services mais ne regrette rien du tout et surtout n’allez pas penser que nous avons une prime de départ comme les ministres

  3. Il y a vraiment quelque chose de désolant quand on voit quelqu’un ayant dévoué sa vie au service des autres quitter son service avec autant d’amertume. On ne peut poser un bon jugement quand on analyse un service incendie uniquement sur la base des coûts, ça ne marche pas, un service incendie, ça ne génère pas de revenus! La notion de valeur est fortement biaisée. Posons-nous la question quelle est la vraie valeur ajoutée d’un service incendie. Quand on se pose la bonne question, on se rend vite compte de la notion bénéfices/coûts positive du service. Il n’est pas normal que les gars et filles qui se sacrifient autant pour venir en aide à leur concitoyens bien souvent au risque de leur vie reçoivent si peu de reconnaissance de notre part.

    Partez la tête haute M. Bergeron, peu de personnes n’auront ce dévouement que démontrent les pompiers volontaires pour leur communauté!

  4. Bonne retraite vous le méritez!

  5. Bravo pour votre travail exceptionnel que j’ai entendu parlé dès mon jeune âge car, dans la famille de maman il y avait 7 pompiers, frère beau-frères et oncles et aujourd’ui mon fils et mon petit-fils sont pompiers et lorsque j’entends les sirènes mon coeur se sert pour ces hommes de courage ne reculant devant rien au risque de leur vie, de leur vie de famille pour accourir devant l’inconnu et la bête comme ils l’appellent.. Bonne retraite vous le méritez et aussi bonne retraite à votre famille qui ont sacrifié de précieux moments au service de la population parfois ingrate, mais heureusement plusieurs reconnaissent votre excellent travail que vous faites avec une fougue exceptionnelle
    Jeannine

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