Par Danielle Ross
Imaginons le village Saint Ulric en 1919.
Mon grand-père Clovis arrive de Notre-Dame-du-Lac avec ses enfants et sa deuxième femme, grand-mère Georgiana Gagné.
Philomène, mère de maman, est décédée en 1914, laissant son mari et 7 enfants.
4 autres enfants naissent de Georgiana qui fait aussi office de sage-femme.
Il y a de l’électricité au village depuis 1906.
Je ne peux dire, si en 1919, il y a des lampadaires. J’imagine le village en pleine noirceur après le coucher du soleil.
Et les ados de Clovis, Aldéric, Camille, Daniel-Clovis sont des malcommodes et des joueurs de tours. Surtout le soir.
C’est ce que je vais raconter :
Clovis s’installe en bas du village, bâtit une tannerie et deux maisons presque en face. Voisin de chez Zénon Bérubé et Praxède Lavoie.
Le soir, les garçons, comme tous les adolescents, se cherchent des activités pour passer la soirée.
Tout près, un peu plus bas, vit une demoiselle que l’on appelle « une vieille fille » à l’époque.
Ma mère savait son nom, mais elle ne me l’a jamais dit, de peur de heurter quelqu’un de sa famille.
Donc je l’appellerai Marie.
Cette demoiselle craint les fantômes et le diable. Elle est très religieuse et passe une partie de sa vie à l’église pour prier.
Mes oncles savent cela.
Un soir, Marie va à l’église pour l’Adoration-du-St-Sacrement.
Mes oncles en profitent pour aller emprunter un petit veau dans un champ tout près.
N’oublions pas qu’à l’époque, la plupart des villageois ont une vache, des poules et un cochon dans leur cour arrière. Et un veau souvent.
Mes oncles se rendent avec le veau jusqu’à la maison de Marie. La porte n’est pas barrée bien sûr, comme toutes les maisons de ce temps-là. Ils montent le veau au grenier et se sauvent à la course.
Quand Marie revient chez elle, elle se prépare pour la nuit. Quand elle commence à s’endormir, le veau au grenier commence lui, à s’agiter et à faire tout un boucan. Elle pense que c’est un fantôme et court jusque chez Clovis en criant. « Y a un fantôme dans ma maison ! » J’imagine la face de grand-père qui sait bien qu’un veau a disparu une heure plus tôt dans les bras de ses fils.
Quand elle l’a su, elle a dit : « Tes fils, Clovis, sont de suppôts de Satan. »
Une autre fois, Marie passe par les maisons quêter pour les bonnes œuvres. Mes oncles, bien fiers de leur réputation diabolique, la voient venir sur le chemin. Ils déposent quelques sous sur le poêle à bois qui est très chaud. Marie entre et demande des sous pour la bonne œuvre du jour. Oncle Aldéric, au risque de se brûler les doigts, prend les sous sur le poêle et lui met dans la main. Marie crie en jetant les sous par terre ;
« Enfants du Diable. Vous brûlerez en enfer ! »
Je me rappelle ma mère qui nous racontait cela en riant.
Ils ont continué à faire les malcommodes partout dans le village. Ils avaient une réputation à tenir.
Cette même demoiselle ne sait pas lire alors elle vient faire lire ses lettres par grand-père Clovis. Comme Marie ne veut pas que grand-père entende ce qu’il lit, elle met ses mains sur les oreilles de grand-père.
Peut-être Marie était-elle un peu beaucoup naïve ?
Grand-père a fermé sa tannerie en 1939 et est parti avec sa famille vers Jonquière où les « Suppôts de Satan » s’étaient installés quelques années auparavant. Il y a de l’ouvrage en masse là-bas.
La tannerie existe encore. Elle est devenue une maison privée.
Je ne sais ce que sont devenus mes oncles dans l’au-delà. Ils doivent jouer des tours à St-Pierre, Clovis doit les regarder en souriant et Philomène aussi, leur maman, qui ne les a pas vus grandir.
Et pour la petite histoire. Aldéric était le père d’Angémil Ouellet, peintre reconnu et grand-père de Stéphane Ouellet, le boxeur.
Bon Printemps à vous toutes et tous.















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