CollaborateursOctobre

Ah ! Le téléphone !

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Par Danielle Ross

 

Qui aurait cru que cet objet deviendrait une partie de nous-mêmes ? Nos têtes penchées sur ces petites boîtes qui contiennent toute notre vie. Sans un regard vers devant. Sans un regard vers derrière. Je me plais à dire que, maintenant, chaque téléphone traîne son humain. Les Temps ont bien changé.

Dans les années 50, ce n’est pas toutes les familles qui possèdent un téléphone. Chez nous, nous n’en avions pas encore, mais chez nos voisins, Ulric Bernier et Hénédine Talbot, oui.

Alors quand nos grandes sœurs appelaient de la ville pour donner des nouvelles, elles téléphonaient chez Mme Bernier, et notre bonne voisine leur disait : « Attendez, je vais chercher votre mère ». Elle laissait pendre l’acoustique au bout du téléphone mural, jetait un chandail de laine sur ses épaules, sortait à la course de sa maison et arrivait tout essoufflée en disant : « Vite, Annette, tes filles t’appellent ». Maman partait elle aussi à courir derrière madame Bernier et nous les enfants, suivions aussi pour parler à nos sœurs. Elles attendaient quelque part en ville, dans une cabine téléphonique, quand l’opératrice disait « Il vous reste 3 minutes… » Mes sœurs rajoutaient de la monnaie. C’était un si grand bonheur de faire cette procession à la course pour rejoindre nos sœurs si loin.

Puis enfin, un jour, nous avons eu le téléphone. Un beau gros téléphone noir. Maman avait acheté, chez André Ouellet, une petite table pour le déposer et nous pouvions y glisser l’annuaire, et non l’annulaire comme disait un vieux voisin. Avec le téléphone venait aussi le partage de la ligne avec une autre personne. Nous n’avons pas été chanceux, car nous partagions la ligne avec une vieille demoiselle un peu, même très acariâtre. Imaginez, trois adolescents et moi plus petite. Nous téléphonions tout le temps. Un jour, la demoiselle est venue chez nous pour se plaindre que le téléphone sonnait à tout venant. Elle, Mademoiselle X, c’était une sonnerie, nous, deux sonneries. Maman lui a répondu « Un téléphone, ça sert à parler. » Elle est repartie fâchée. C’était pour maman aussi une grande liberté de pouvoir parler à sa famille si loin et à sa grande amie Valeda Miousse. Un jour, après plusieurs demandes à Québec Téléphone, nous avons eu une ligne privée.

Quand je suis revenue dans la paroisse, dans les années 70, nous étions quatre abonnés sur la même ligne. Cela en faisait des sonneries ! Un grand coup, un petit coup, deux grands coups et trois coups brefs. Et puis, nous sommes restés trois abonnés, et deux et au début des années 80, une ligne privée. Tout a bien changé depuis ce temps.

Chacun et chacune a sa ligne privée, jour et nuit, un doigt prêt à peser sur le piton pour répondre. Personne ne prend plus le temps de prendre le temps. Je m’inclus aussi là-dedans.

Je me rappelle la cabine téléphonique, au milieu du village, entre chez Adélard Sirois et le restaurant à Marianna Sirois, dit La Corneille. Cela me fait sourire. Que de tours joués dans cette cabine, nous, les jeunes ados ! À l’époque, il y avait toujours une téléphoniste au bout du fil, en signalant le zéro. Les gars s’amusaient à appeler au Central. Et quand la dame au bout du fil disait « Opératrice », le plus sérieux du gang, celui qui pouvait retenir son rire, disait : « Voulez-vous me sonner Les Boules* s’il vous plaît ? » Et raccrochait vite fait.

*(Village Les Boules maintenant devenu Métis).

Nous étions bien loin de tous les réseaux sociaux de notre monde.

Bon, c’est la nuit, mon Messenger bipe… il faut que je réponde bien sûr…

Bon automne.

 

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