Par Danielle Ross
J’aime les histoires. Mes amis le savent… et j’aime beaucoup rire. Comme ma mère.
J’aime lier une histoire de ma famille et l’histoire du village.
Ici, c’est l’histoire du quai et des rats.
Le quai est démoli vers 1966-67. Et quand ce fut fait, les rats qui habitent dans le quai fuient vers le village et les caves des maisons.
On dit que chaque maison a son rat, chaque ferme, ses rats, je ne sais si c’est vrai, mais nous, dans la petite rue, nous en avons un qui s’est installé dans notre cave en terre, au grand désespoir de ma mère. Mon père est au chantier sur la Côte Nord, et ma mère veut tellement se débarrasser du rat,
ma sœur de 17 ans a un amoureux du même âge que j’appellerai Johnny. Et ce garçon est d’une grande gentillesse, toujours prêt à rendre service.
Donc il dit à maman :
— Madame Ross, je vais, moi, vous débarrasser du rat.
Il part chez le marchand tout près, Joseph-Edmond Ouellet et revient avec une trappe à rats.
Il descend, dans la cave et installe la trappe dans un coin peu éclairé.
Il remonte et dit :
— Inquiétez-vous plus… c’est comme si c’était fait.
Le lendemain, ma mère descend et voit le rat couché dans un coin de la cave, à l’opposé de la trappe. Elle prend une bûche qui traîne tout près et la jette sur le rat.
Et à sa grande surprise, elle le tue.
Mais comment ne pas peiner ce jeune amoureux et sa bonne volonté ?
Elle réfléchit… mais pas trop longtemps.
Le lendemain arrive Johnny :
— Pis madame Ross, le rat ?
— Il est dans la trappe, je pense. J’ai entendu claquer et je n’ai pas osé aller voir.
Tout content, Johnny descend dans la cave avec maman qui suit et nous derrière, tous à la queue leu leu dans l’escalier.
Il s’approche, et voit une forme. Il s’approche encore et voit un petit amas de fourrure dans la trappe.
— Madame Ross, on l’a eu, le rat…
Tout content et victorieux, il prend la trappe en la tenant au bout de ses doigts, avec au bout supposément le fameux rat.
Mais en la levant, la chose se détache et Johnny voit ce qui croit être le rat, tomber sur le sol et soudain il aperçoit un zipper.
Surpris sur le coup. Il regarde cette bête de plus près… et il part d’un grand rire.
— C’est la première fois, Madame Ross, que je vois un rat avec un zipper.
Maman a mis dans la trappe un petit collet de fourrure de manteau avec une fermeture éclair.
Nous avons tous ri, Johnny, Maman, et nous.
— Mausus de madame Ross, tu m’as bien eu avec ton rat à zipper !
Je l’ai rencontré l’autre jour Johnny… il a maintenant probablement plus de 80 ans. Les amours avec ma sœur n’ont pas duré, mais il me parle encore du rat à zipper. Il en rit toujours, moi aussi.
Pour le vrai rat, maman a dû s’en débarrasser dans le « corps à vidange » et le col de fourrure est retourné sur mon petit manteau.















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