Par Diane Ross et Danielle Ross
En fouillant dans nos mémoires, ma sœur Diane et moi, au village de Saint-Ulric.
On disait Rivière Blanche, dans les années 60.
C’était le temps où les villages étaient autosuffisants.
Nous nous sommes promenées.
Une longue balade, dans les rues de Rivière-Blanche.
Du haut du village, que les anciens appelaient le faubourg, jusqu’en bas du pont.
Accompagnez-nous, si vous le voulez bien.
Nous marcherons lentement, sur le trottoir.
À cette époque, il n’y a pas de 132,
C’est la route 6.
Et toutes les autos passent par le village.
Alors, nous serons prudentes !
Au bout, tout au bout, il y a le Petit Café tenu par madame Diane Roberge et monsieur Aimé Bouchard.
Restaurant où nous allons, les jeunes ados les vendredis soir, manger une frite ou une frite-sauce, ornée de petits pois verts.
Monsieur Gagnon, Albert ou Adrien ? est dans son garage, lui qui répare tout.
M. François Lévesque, aussi dans son garage.
M. Antoine Chassé le cordonnier toujours gentil, qui répare tous nos petits souliers à la semelle décousue et les filets de pêche.
Un peu plus bas, une petite épicerie gérée par monsieur Joseph Taillon et Adrienne Talon. Et plus tard par Roland Boucher et Corinne Beaulieu.
On commence à appeler ces commerces des dépanneurs.
Nos pas sur le trottoir nous mènent devant le Salon funéraire de M. Clovis Gendron.
Apercevons derrière, la beurrerie Durette qui produit le meilleur beurre du comté.
On vient de loin pour en chercher.
Puis Roland Gagné, on trouve de tout dans sa quincaillerie.
Mademoiselle Adrienne Gosselin et la Caisse Populaire.
Jean Louis Lévesque et Huguette derrière le comptoir de leur épicerie.
Les demoiselles Beaulieu dans leur toute petite épicerie.
Continuons.
Tiens, le magasin des demoiselles Dion, avec sa vitrine pleine d’objets divers.
Félix Leclerc loge dans cette grande maison, quand il passe se reposer chez ses amis les curés Gendron.
Le Couvent des Sœurs du Saint-Rosaire et juste à côté, la maison du cordonnier, monsieur Gendron.
L’église, puis le si beau presbytère, derrière lesquels poussent de magnifiques marronniers, juste au bas de la côte derrière le bâtiment de la Fabrique, et la Coulée.
Presque en face du presbytère, le Collège des garçons : un beau bâtiment fait de pierres, semblables à celles de l’église.
Juste avant le magasin de Joseph et Adrien Ouellet, jetons un œil dans la petite rue, à droite. La rue de notre enfance.
Pas pressées, prenons la côte à Pierre-Paul et montons y faire un tour : la maison, la laiterie, le garage et la grange.
Pierre-Paul passe le lait tous les matins, la voiture à lait tirée par un cheval qui s’arrête de lui-même à chaque maison.
L’enfant qui l’accompagne ramasse la pinte vide contenant un 10 cents et la remplace par une pinte pleine d’un lait sur lequel flotte un gros 5 pouces de crème.
De retour sur le trottoir.
En face de chez Joseph-Edmond, le bureau de poste, où règne mademoiselle Noëlla Gagnon.
Voici mademoiselle Adrienne Levasseur et son magasin de linge.
Le ferblantier, monsieur Onésime Canuel et sa femme, Blanche Noël.
M.Canuel travaille dans sa boutique de forge derrière la maison.
Chez « Ti-Dolard », Adélard Sirois et Octavie Roy, la salle de pool et la crème glacée. Les hommes jeunes et moins jeunes se tiennent debout devant la cantine et commentent la tenue des femmes et des jeunes filles. Eh ! Oui.
Le restaurant chez Marianna Sirois, chez Corneille a passé au feu et a été rebâti au bout du village à l’est.
Mais comment oublier ce restaurant au cœur du village avec ses tables de billard ?
Le Juke-box, où pour 10 cents, nous pouvons entendre les succès d’Elvis Presley ou acheter une boîte de kiss à 5 cents.
Il en a vu des vedettes ce restaurant.
L’hôtel Lagacé… Qui donc va dormir à l’hôtel de Rivière-Blanche ?
Le magasin de meubles de monsieur André Ouellet, et la boulangerie dans la partie arrière.
Le magasin chez Charles Dufour et la banque. Madame Thérèse tellement belle avec son regard doux, et ses cheveux tressés bien attachés derrière la tête.
Un petit chemin à notre gauche nous amène au quai : un beau long quai où accostent des goélettes, qui repartent chargées de pitounes de 4 pieds.
Que d’éperlans nous avons péchés sur le quai, notre longue « parche » de bambou, garnie de ses nombreux hameçons, bien appâtés de bouts de sangsues trouvés sous les roches à marée basse.
Tiens, le fumoir à harengs, petite cabane faite en hauteur, où monsieur Philippe Langlois boucane son poisson, attrapé de sa barque.
De retour sur le trottoir, voici un poteau de barbier… Nous dépassons le « barbershop » de monsieur Langlois.
D’où vient ce joli son de piano ? C’est mademoiselle Alice Simard qui donne sa leçon à une fillette du village. Et voici le garage Fournier et sa belle maison, le poste de gaz du village.
Et en face, le bureau du docteur Roy…
Nous passons maintenant devant chez Mariette Talbot, la coiffeuse de ces dames.
Ah ! la cantine, juste avant le pont sur la Rivière Blanche !
On dit qu’à la cantine de Rodrigue Sirois et Réjeanne Savard, les frites sont si bonnes.
Même Marianna à son restaurant a baissé le prix de ses frites de 10 cents pour contrer la concurrence.
Puis, près du pont, le magasin Roberge, et de l’autre côté, Chez Phonsine, où les élégantes du village vont se vêtir.
Laissons le trottoir et montons la côte de la Station.
Le moulin à scie chez Roland Lagacé. Entendez-vous la sirène qui annonce chaque jour l’ouverture et la fermeture du moulin ?
La station et sa jolie gare le long de la ligne, où le train passe régulièrement et dépose quelques voyageurs de retour au village ; et parfois un « hobo » ou un quêteux.
La Coop agricole où les cultivateurs vont porter leurs grains, après la récolte.
Plus loin, trop loin pour cette promenade, la savane, la tourbière où les hommes coupent la tourbe de leur pelle bien aiguisée.
Nous en avons cueilli des bleuets et des margots, dans cette savane des Roy !
Revenons sur le trottoir et reprenons la route du village.
La boucherie Raymond Roy, devenue le restaurant Chez Marius.
Madame Alphonse Fournier, Marie Berthe Bérubé, tient une salle de pool, une épicerie et un magasin de jolis objets.
Tout à côté, chez Rose Soucy et Albert Michaud ; maman y achète nos crayons et nos cahiers d’école.
Et chez nous, dans la petite maison, tu te souviens Diane ?
Je me souviens, Danielle…
Nous avions des livres, beaucoup de livres.
Et la maison de notre mère Annette Ouellet servait occasionnellement de bibliothèque municipale.
Pour tous ses amis de Rivière-Blanche.
Oui, le village était autosuffisant.
Nous avions tout ce qu’il fallait pour se nourrir, s’habiller, s’instruire.
Nous avions tout ce qu’il fallait pour vivre, tout simplement…
(Il se peut que ce texte comporte quelques erreurs. Ne nous en tenez pas rigueur. Ah ! La mémoire.)















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