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Pour sortir de l’impasse du racisme

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par Valérie Blanchet

Il y a quelques années, j’ai écouté un documentaire dans lequel était exposée une étude américaine qui tentait de mesurer les effets du racisme sur la population noire. L’expérience consistait à présenter une poupée noire et une poupée blanche à un enfant noir et à lui demander de choisir avec quelle poupée il voulait jouer. La majorité des participants choisissaient la poupée blanche. L’intervenante leur demandait ensuite de désigner laquelle leur semblait la plus belle, la plus sympathique, presque tous ces enfants pointaient la poupée blanche. Ils devaient ensuite dire laquelle était méchante, ils pointaient la poupée noire. Enfin, ils devaient identifier laquelle des poupées leur ressemblait le plus physiquement. Ils hésitaient et montraient la poupée noire.

J’ai retrouvé des images de cette expérience (https://www.youtube.com/watch?v=AFHdpfcvKic ) et en les visionnant à nouveau, je ressens le même serrement au cœur en voyant ces enfants jeter leur dévolu sur la poupée blanche qui est plus appréciable à leurs yeux et ensuite se résoudre à s’identifier à la poupée noire qu’ils n’ont pas choisi pour leurs jeux.

À un âge où ces enfants sont en pleine intégration de leur identité, ils ont déjà une perception extrêmement négative d’eux-mêmes et se dévalorisent par rapport à la couleur de leur peau. Ils ont déjà intégré une distorsion d’eux-mêmes complètement inhumaine: être Noir c’est mal parce que le racisme est bien vivant dans la société dans laquelle ils sont nés.

Et c’est ainsi que le racisme crée ses ravages et mène à des dérapages comme celui de la mort de George Floyd, un homme noir tué par un policier blanc qui utilisait des mesures de forces exagérées considérant le motif très flou de l’arrestation et alors que l’homme suspecté restait calme.

Que doit-on comprendre de cette tragédie au niveau humain? Que pouvons-nous faire pour remédier à cette problématique? Comment éradiquer le racisme et grandir comme humanité? Ce mois-ci, j’ai eu envie d’utiliser cette tribune pour contribuer à sensibiliser les lecteurs aux revendications de ceux qui continuent de vivre des situations de discrimination en raison de la couleur de leur peau, ainsi qu’à explorer quelques pistes pour sortir de l’impasse que pose le racisme, en commençant par celle de l’empathie comme posture d’écoute collective.

L’empathie est la capacité de se mettre à la place de l’autre, dans la mesure du possible. Pour y arriver, il faut accueillir ce que l’autre a à dire sans jugements, c’est-à-dire avoir la souplesse de remettre en question des idées reçues qui sont en soi et qui ne correspondent pas à la réalité de que l’on a devant soi.

La difficulté à pratiquer l’empathie tient au fait que, disons moi, pour m’approcher le plus près possible et comprendre ce que l’autre vit, sa joie, sa souffrance, je dois revisiter une situation qui m’a fait sentir d’une manière similaire : « L’empathie est un choix, et c’est un choix vulnérable car je dois connecter avec quelque chose en moi qui connaît cette sensation » (Librement traduit de l’anglais d’après une conférence donnée par Brené Brown, https://www.youtube.com/watch?v=1Evwgu369Jw ).

Une autre difficulté s’ajoute à la première. Parce qu’en tant que Blancs nous ne subissons pas de pressions sociales en fonction de la couleur de notre peau, nous ne sommes pas toujours sensibilisés à l’oppression que vivent les personnes racisées à toutes les étapes de leur vie. Pour un Blanc il est donc nécessaire de faire un effort pour se mettre dans les souliers de l’autre, par exemple imaginer devoir enseigner à ses enfants à se méfier de la police sous peine de représailles en raison de sa couleur de peau.

Il est nécessaire aussi de côtoyer ce qui est différent de soi, de transformer la vision que l’on peut avoir sur l’autre, ne plus considérer la différence comme une menace qui fait naître la peur, mais comme une possibilité d’enrichissement. Enfin, au-delà des différences, il est important de se rattacher à ce que nous avons en commun en tant qu’êtres humains. Comprendre que l’autre, aussi différent de soi est-il par son apparence, par sa culture a les mêmes aptitudes que nous à aimer, que c’est un être traversé par des émotions qui peut ressentir le rejet, l’indifférence et en souffrir.

Là où la posture de l’empathie envers la communauté noire devient intéressante, à mon sens, c’est dans la possibilité d’ouvrir un espace où le dialogue est possible. L’empathie permet de créer un espace d’où les préjugés sont absents, dans lequel les ressentis, le cœur de chacun est ouvert, où la personne qui vit de l’oppression et témoigne de la difficulté de son vécu peut se sentir écoutée et accueillie dans sa vérité sans ressentir de jugements ou de rejet.

Nous ne pouvons plus vivre dans l’ignorance et le déni des injustices subies par une partie de la population. Collectivement, nous devons donner la parole aux personnes racisées afin qu’elles puissent nous éduquer et nous sensibiliser aux inégalités qu’elles vivent au quotidien. En les écoutant attentivement elles pourront aussi nous dire les comportements qu’elles trouvent blessants et quelles attitudes avoir pour y remédier. Parce que l’objectif des revendications du mouvement Black Lives Matter (Les vies noires comptent) est tout simple: ces personnes souhaitent être considérées avec dignité et bénéficier du respect auquel tout être humain a droit.

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