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Entrevue avec Benoit Lévesque, partie 3

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Par Marc-André Lévesque

L’histoire des personnes qui sont nées au village et, tout en restant ailleurs, ont gardé des liens avec notre communauté. Il s’agit de personnalités dont la notoriété a dépassé nos frontières et celles de notre Québec pour se faire connaître dans des domaines particuliers. La première de ces personnes est Benoit Lévesque, professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal qui, par ses recherches en sociologie, s’est fait connaître dans plusieurs pays où il a donné des conférences, entre autres sur le thème de l’économie sociale. Ce qui suit est issu d’un entretien que j’ai eu avec lui.

Benoit Lévesque est né à St-Ulric en 1939, la maison de ses parents, Rosaire Lévesque et Apauline Bélanger, née à Baie-des-Sables, était située sur le rang 3 de Tartigou.

Voici ses réponses à mes questions, présentées sur trois éditions du journal :

Selon toi, l’économie sociale telle que tu l’as définie dans la théorie est-elle pratiquée dans la région, quelles sont les conditions pour qu’elle le soit davantage?

L’économie sociale repose au départ sur l’association volontaire de personnes pour réaliser à plusieurs ce qu’on ne peut faire seul. L’économie sociale répond ainsi à un besoin (d’où une finalité de service), mais elle est aussi encouragée par des aspirations (solidarité, émancipation, changement social, etc.). La force de l’économie sociale, c’est la combinaison des deux, besoin et aspiration, que l’association et la délibération rendent possibles.

Historiquement, le milieu rural a été plus fertile pour les coopératives, les mutuelles et des associations. Ainsi, au début des années 1900, Saint-Ulric fait partie des premières paroisses au Québec à s’être donné une caisse populaire Desjardins. Par la suite, on y retrouve une coopérative agricole pour les achats nécessaires à la production agricole. La plupart des producteurs laitiers sont membres d’une coopérative pour la transformation du lait. Dans le domaine du logement, on retrouve de plus en plus des coopératives d’habitation et des OSBL à l’échelle du Québec. C’est le cas de la résidence de l’Entre-Gens.

Pour moi, la réussite d’une organisation ou d’une entreprise relevant de l’économie sociale repose au moins sur trois piliers : un pilier cognitif (la façon de comprendre et de justifier son organisation), un pilier axiologique (les valeurs et convictions à la base de l’organisation) et un pilier régulatoire (des règles communes qu’on se donne collectivement pour l’activité et le vivre ensemble). Ce qui anime chacun de ces piliers et qui les réunit, c’est le fonctionnement démocratique, à commencer par la délibération et la participation. Cela suppose l’engagement de chacun.

Le secteur de la santé et souvent mis à mal dans la Matanie, par exemple, l’hôpital perd constamment des services au profit de Rimouski, dans un tel contexte est-il pensable que de développer des alternatives pour contrecarrer ce mouvement vers l’ouest qu’on peut identifier depuis plusieurs années ?

Il y a deux ou trois façons pour obtenir un changement et faire bouger les choses.

La première est celle du plaidoyer ou de la défense des droits sociaux qui passe par la mobilisation des citoyens et citoyennes, y compris les organisations et les acteurs sociaux (ex. municipalités, institutions, chambre de commerce, groupes communautaires, associations, etc.). Une telle démarche suppose un répertoire d’actions appropriées, tels des pétitions, des manifestations, des médias sociaux, des médias traditionnels, des activités culturelles, un site web, etc. Il faut se faire entendre, sensibiliser la population et faire pression.

La deuxième peut s’ajouter à la première, c’est d’agir à partir de la filière politique à partir de délégations ou de missions. La tendance à la centralisation des services touche la plupart des régions. Comme une réforme du système de la santé est à l’ordre du jour, un regroupement des petites villes sur la question des services de proximité dans le domaine de la santé pourrait faire avancer les choses.

De plus, pour ces deux types d’intervention, il faut s’outiller. Par exemple, il faut recueillir des données sur le déplacement des services au cours des dernières années. Il faut aussi recueillir des exemples et des témoignages sur les conséquences de cette centralisation pour les familles, à commencer par les plus désavantagées. À cette fin, on peut obtenir l’aide de chercheurs du cégep de Matane ou de l’Université.

Enfin, il ne faut pas négliger les alternatives dans le domaine de la santé. La prévention est indispensable comme approche puisqu’elle permet d’agir sur les causes. L’approche hospitalo-centrique agit non sur les causes, mais sur les effets. La plupart des problèmes de santé ont des causes environnementales (ex. qualité de l’air et de l’eau) ou des causes relevant du mode de vie (alimentation, activités, etc.). Même si elle coûte moins cher, la prévention a quand même besoin de soutien et de financement appropriés.

Tu dis que tu n’es pas nostalgique, mais tu y reviens assez régulièrement, à part ta famille qu’est-ce qui retient ainsi ton attention ?

Je ne suis pas nostalgique, dans le sens que j’accorde plus d’attention au présent et à l’avenir. Dans le présent, nous fabriquons l’avenir par nos pratiques, nos relations, nos choix et nos discours. Sur ce plan, nos expériences passées peuvent nous aider grandement, tout en sachant que les défis à relever dépassent ce que nous avons connu dans le passé.

Tu m’as dit « à part ta famille », effectivement, je reviens principalement pour voir mes frères et sœurs et le milieu que dans lequel j’ai vécu mon enfance. Je ne peux oublier ma mère et mon père, car je leur dois une grande résilience devant les difficultés et une capacité à relever des défis qui me dépassent. Enfin, ma conjointe, Jeannine, et mes deux enfants, Sarah et Louis-Olivier, qui sont nés à Rimouski, sont également attachés à la région et à ma famille d’origine.

Revenir dans le « pays » où je suis né provoque spontanément une émotion profonde et une quiétude. Dans La Matanie, je n’ai pas peur de me perdre, je retrouve facilement le nord et le sud. Au nord, le fleuve ; au sud, les collines et la forêt.

À Montréal, lorsque je sors rapidement du métro au centre-ville, il m’arrive parfois, après plus de 40 ans, de chercher le nord et le sud, l’ouest et l’est. En somme, la région où je suis né fournit encore la boussole pour s’orienter. Si jamais j’étais complètement perdu et désorienté, je reviendrais à Saint-Ulric pour retrouver ma boussole. On comprendra que l’orientation et la boussole peuvent être considérées comme des métaphores pour autres choses, soit le sens de la vie et de l’engagement.

Le but de cet entretien est de présenter une personne dont la notoriété n’est plus à faire et qui est issue du milieu rural, il s’agit de la faire reconnaître chez elle, ce qui n’est pas toujours facile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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