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Chronique du 150e

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par Jocelyne Rioux

Après un long, rigoureux et interminable hiver, il m’est enfin permis de sortir ma plume de printemps et d’écrire au son du chant des oiseaux. Ivre de plaisir olfactif des bourgeons qui éclosent, cette saison de la renaissance de la nature et le retour de la douce lumière me réchauffe le cœur et nourrit ma glande pinéale, me procurant ainsi une énergie nouvelle. Bien que les premiers craillements des corneilles du haut des arbres annoncent l’arrivée du printemps, ils nous indiquent aussi que c’est le temps des sucres. (Pour dire vrai, c’est le seul moment où j’apprécie vraiment les corneilles.)

Cette tradition printanière se transmet depuis moult générations et, l’or blond, produit noble et ancestral, coule en abondance dans les fameux érables de Saint-Ulric. Sûrement un miracle de la nature! Plusieurs familles ulricoises: Beaulieu, Caron, Ouellet, Gagné, Talbot, Bélanger, celle du Tobine, et toutes celles que j’ai oublié de nommer, exploitent leur érablière familiale. Ils ne sont qu’une poignée aujourd’hui à poursuivre la tradition depuis au moins trois descendances: les Gendron, les Gaudreau, et les Sirois qui, eux, fêtent leurs 100 ans d’existence cette année. Bien qu’elle soit une petite entreprise familiale, dans le rang de la montagne, elle est un succulent prétexte de rassemblement, de badineries et de rires.

«En caravane, allons à la cabane, Ohé! Oh!, on n’est jamais de trop, pour goûter au sirop, pour goûter au sirop d’érable», chantions-nous pour nous rendre à l’activité la plus appréciée: la dégustation de la tire encore brûlante déposée sur de longiformes bancs de neige.

Le secret? Jour et nuit le foyer flambe. On écume, on agite, on empêche de gonfler; tout est dans le bouillonnement! Au même titre que les agriculteurs, les acériculteurs doivent moderniser leur fonctionnement et leur équipement. De l’entaille avec incision faite à coup de hache au vilebrequin, du seau de bois à la chaudière en métal avec couvercle ou à la tubulure, du chaudron en métal qu’il fallait retirer du feu à l’évaporateur, de l’abri en branchages à la cabane en planches, et du cheval à la motoneige, tout s’est transformé, mais rien n’a changé dans la façon d’apprécier les crêpes, les fèves au lard, les œufs, le jambon et les oreilles de crisse mangés dans une cabane à sucre. Et peu importe si le sucre est en pain, dans un cornet ou dans de l’écorce de bouleau, il n’en demeure pas moins que son goût exquis est divin. Du déjeuner au souper, l’érable trône sur les tables et joue un rôle de premier plan dans les desserts traditionnels qui ont bercé notre enfance tels les grands-pères au sirop d’érable. Tellement bon! Aujourd’hui, le sirop se faufile subtilement dans les canapés de saumon fumé, glisse dans les vinaigrettes, fait de l’œil à la mousse au chocolat et agrémente à souhait des plats de viande réconfortants. L’univers gastronomique de l’érable est illimité.

Il me reste tout de même à élucider l’histoire de la «bagosse» qui rendait l’homme si joyeux, mais tellement amnésique quant à sa fabrication. Je me suis laissée dire que dans toutes les cabanes à sucre, il y avait dans un coin, un baril qui fermentait! Une chose est certaine: nos colons savaient nettoyer le colon…

Saviez-vous qu’au temps des sucres, les sucriers ne devaient pas entailler les érables le Vendredi saint? Il ne faudrait certes pas oublier qu’avec l’arrivée du printemps et du temps des sucres survient Pâques, la fête la plus importante du Christianisme qui commémore la résurrection de Jésus. Qui d’entre nous ne se souvient pas de la longue période de pénitence, le carême (40 jours), le Vendredi saint sans viande! Le dimanche de Pâques est le jour le plus important pour célébrer la renaissance, et enfin… manger du chocolat. Comment oublier ce jour tant attendu! Coiffée de mon petit chapeau de paille, d’une belle robe fleurie et de mes souliers blancs en cuir verni, je me rendais à la messe, beaucoup trop fière de porter mes nouveaux vêtements, que j’arrivais tout de même à salir en jouant à la marelle. Pâques est si important que cette fête a donné son nom à une île, à une fleur et à un prénom.
«En avril, ne te découvre pas d’un fil» et «Une hirondelle ne fait pas le printemps», disaient ces vieux dictons qui sont probablement issus d’une légende de Saint-Ulric. Légende peu connue, il va sans dire.

On raconte que très tard le soir, au-dessus du tuyau de poêle de la cabane à sucre, alors qu’il était en train de bouillir, M. Sirois aurait été terrassé par les criaillements si intenses d’une corneille et d’une hirondelle qui tridulait si fort, se disputaient à coup d’ailes déployées, pour savoir qui, de l’une d’entre elles serait l’annonciatrice du temps des sucres. Elles auraient fait flamber le foyer. Tympans défoncés et à moitié vêtu, il sortit de la cabane à toute épouvante et attrapa une «purésie». Devenu sourd et «consomption» jusqu’au printemps suivant, il n’eut été en mesure de savoir qui avait réellement remporté la victoire: la corneille ou l’hirondelle. Cette histoire pourrait faire l’objet d’une légende, mais c’est un excellent poisson d’avril.»

Brunch de Pâques
Nous vous souhaitons la bienvenue au brunch de Pâques spécial 150e organisé par le Club des 50 ans et plus!

150 ans d’histoire à raconter
N’hésitez pas à vous procurer le livre de l’auteure Andrée Gendron, disponible à partir du 9 avril aux points de vente suivants: la Municipalité de Saint-Ulric, le Marché Dubé, La Chouette Librairie et la Galerie d’art Lucette Lavoie.

Comité des fêtes du 150e, avis de convocation

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1 Commentaire

  1. Ca me fait manquer st ulric prisonnier de l hôpital a levis

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